A la lecture du billet précédent de cette rubrique, ou simplement parce qu'étudier le droit a toujours été votre rêve, vous avez peut-être décidé de franchir le pas et de vous lancer dans de telles études. Ce billet s'adresse plus particulièrement aux personnes qui vont "passer à l'acte", c'est-à-dire aux nouveaux bacheliers qui s'apprêtent à entrer en Fac de droit. Les futurs et actuels étudiants trouveront ici quelques conseils qui, s'ils ne constituent pas une potion magique garantissant une réussite sans faille (inutile donc de me laisser des commentaires assassins si par malheur vous échouez), devraient au moins vous permettre d'éviter les pièges classiques dans ce type d'études.

Pour commencer, voici une bonne et une mauvaise nouvelle : la bonne nouvelle c'est que la 1ère année de droit est la plus facile. Le programme y est un peu plus léger que celui des autres années et si vous sortez d'un baccalauréat ES (économique et social), vous aurez un avantage certain sur les autres bacheliers. En effet, la tournure d'esprit des bacheliers de cette série se rapproche souvent de celle des juristes et ils ont l'énorme avantage de pouvoir choisir comme options des matières économiques et financières qui ne seront pour eux qu'une simple formalité, et qui leur rapporteront donc un maximum de points à l'examen (tout en limitant la quantité de travail à fournir pendant l'année, ce qui leur permet de se libérer du temps qu'ils peuvent investir utilement dans d'autres matières). La mauvaise nouvelle c'est que le taux de réussite aux examens en 1ère année est l'un des plus bas. Dans les meilleures universités de droit (notamment l'excellente université Panthéon-Assas Paris II), il oscille entre 30 % et 35 %... C'est donc très faible mais en positivement les choses, cela signifie aussi que vous avez tout de même à peu près une chance sur trois de réussir. Toutefois, il faut absolument que vous soyez conscients de la nécessité d'aller au-delà du minimum requis pour avoir votre année, à savoir décrocher une note globale moyenne de 10/20. En effet, si vous voulez aller loin dans vos études de droit, il est indispensable d'obtenir des mentions. Votre admission dans un Master 2 (bac + 5) de prestige dépendant directement de la qualité de votre parcours universitaire, plus vous aurez de mentions, plus vous aurez de chances d'entrer dans le Master 2 de vos rêves. S'il peut vous paraître surprenant de commencer la course aux mentions dès la 1ère année, sachez que certains Masters exigent un minimum de 3 ou 4 mentions (c'est-à-dire que vous devez obtenir chacune de vos années avec mention) pour accepter de vous intégrer ! Mieux vaut donc s'y prendre le plus tôt possible...

Maintenant que vos objectifs sont clairement fixés, voici 10 conseils qui devraient vous aider à les atteindre :

1. Assister à tous les cours et à tous les travaux dirigés (TD)

Le 1er conseil que je puisse vous donner est d'assister à tous les cours et à toutes les séances de travaux dirigés (TD). La masse d'informations et de connaissances qui est dispensée durant les cours magistraux en amphithéâtre et les TD est très importante. En droit, la masse de travail est telle que vous n'avez pas le temps... de sécher un cours. Cela peut paraître contradictoire mais il faut savoir que ne pas assister à un cours vous fait perdre beaucoup plus de temps que d'y assister. Explication : un cours magistral en amphithéâtre dure 3 heures (il y a bien sûr plusieurs cours magistraux par jour) ; si vous décidez de sécher un cours vous libérez 3 heures dans votre emploi du temps qui seront plus ou moins "bénéfiques" (selon que vous les utilisez pour jouer avec votre console de jeux ou pour réaliser une dissertation juridique) ; mais vous allez devoir rattraper le cours que vous n'avez pas suivi en utilisant les notes d'un autre étudiant ce qui implique soit de recopier le cours (et recopier un cours prend plus de temps que de l'écrire directement sous la dictée du professeur car il faut décrypter un système de prise de notes différent du votre) soit de le photocopier et de l'apprendre directement, ce qui là encore prend plus de temps puisque vous découvrez le cours avec un système de notes qui ne vous correspond pas. En outre vous allez rapidement vous heurter à deux difficultés : tout d'abord il vous sera difficile de trouver des étudiants suffisamment sympa pour accepter de vous passer leurs notes (la plupart sont méfiants et ne souhaitent pas aider quelqu'un qui n'est pas allé à un cours auquel eux ont fait l'effort d'assister) ; ensuite, à supposer que vous trouviez une personne suffisamment aimable pour vous aider, vous devrez contrôler avec un manuel la qualité des notes qui vous auront été confiées, car vous aurez toutes les chances de tomber sur une personne qui prend mal les cours (surtout en première année, où beaucoup d'étudiants ne savent pas prendre de notes). Dites-vous bien que les meilleurs étudiants qui prennent parfaitement les cours sont généralement ceux qui refusent de vous les prêter, estimant - souvent à juste titre - qu'ils n'ont pas à faire bénéficier d'autres étudiants plus ou moins laxistes des efforts qu'ils ont faits pour rester assis pendant des heures dans un amphi surchauffé à écrire des dizaines de pages au mépris des crampes de poignets (vous souhaitez toujours faire du droit ?). Par conséquent, il est très vraisemblable que les étudiants qui accepteront de vous prêter leurs notes ne soient pas les plus sérieux ou les plus aguerris. Conclusion, allez systématiquement à tous les cours (aux TD aussi mais là vous n'aurez de toute façon pas le choix car généralement, vous vous faites renvoyer du TD à la 3ème absence...).

2. Travailler régulièrement

Le 2ème conseil crucial est de travailler le plus régulièrement possible et de ne pas prendre de retard dans votre travail. Ça paraît évident et pour la plupart des étudiants, ce conseil sent un peu le réchauffé mais rappelez-vous quand même que l'intelligence sans travail n'est rien. Le talent n'est que le résultat de la somme de vos capacités intellectuelles et du travail fourni pour les développer. Jusqu'à présent, la science juridique infuse n'a jamais été démontrée. Autrement dit, vous pouvez avoir énormément de capacités intellectuelles, avoir naturellement la logique juridique, et connaître l'échec si vous ne travaillez pas. Un certain nombre d'étudiants qui ont des résultats brillants au lycée se cassent la figure en droit parce qu'ils refusent de travailler suffisamment pour acquérir et approfondir les connaissances juridiques nécessaires à leur réussite. Il est donc fondamental de travailler dès le début de l'année et de manière régulière. Concrètement, cela signifie que vous devrez apprendre systématiquement l'intégralité des cours, préparer au maximum les TD et toujours effectuer les devoirs à rendre comme s'ils allaient être systématiquement notés (c'est d'ailleurs le cas si vous tombez sur des chargés de TD consciencieux). Tout cela aboutit à des journées bien chargées ! En général, en droit, le rythme de croisière tourne autour de 60 heures de travail par semaine (si vous voulez être aux 35 heures, ne soyez pas juristes).

3. Travailler intelligemment

Travailler régulièrement c'est une chose, mais comment "bien" travailler ? Cette question est primordiale. Trop d'étudiants échouent en droit alors qu’ils travaillent énormément. Pourquoi, parce qu’ils travaillent mal. En réalité ils se donnent l'impression de travailler en faisant du "concret". Par exemple beaucoup d'étudiants s'obligent à recopier au propre les notes qu'ils ont prises en cours. Pourquoi pas, à condition de ne reprendre que les cours les plus importants (les matières à TD) et surtout, de les apprendre en même temps. Car recopier bêtement un cours devant la télévision en ne réfléchissant pas à ce que l'on recopie ne sert strictement à rien. En outre, il est important de reprendre le cours sur ordinateur et d'en profiter pour "creuser" les points que l'on n'a pas compris ou mal notés en cours avec un ouvrage de droit. Reprendre un cours sur ordinateur en l'approfondissant, en le comprenant et en l'apprenant, voilà qui est utile. Le recopier à la main en pensant à autre chose ne sert strictement à rien. Je vous délivre là encore une information très importante : avant d'apprendre le droit, il faut le comprendre (et non l'inverse !). On apprend bien que ce que l'on comprend bien. Lorsqu'un raisonnement ou un enchaînement de données vous paraissent logiques, cohérents et évidents, vous n'avez déjà plus besoin de l'apprendre (au sens d'un apprentissage par cœur). En revanche, mémoriser un raisonnement que vous ne comprenez pas et qui n'est pas clair pour vous est le meilleur moyen de l'oublier dans les jours qui suivent. Je ne cesse de clamer aux étudiants en droit que ça ne sert à rien d'apprendre les articles des codes juridiques par cœur en ne comprenant strictement rien de ce qu'ils signifient. Pour connaître au mot près le contenu d'un article, il suffit de se reporter au code dans lequel il se trouve (on a quand même inventé les codes pour cela). Je ne dis pas qu'il n'y a rien à apprendre en droit. Comme en toute matière, il est nécessaire d'acquérir des connaissances. Mais il s'agit d'acquérir des connaissances utiles c'est-à-dire les principes juridiques et leur application par la jurisprudence (et si possible, un peu de doctrine pour l'ouverture d'esprit). Pouvoir réciter par cœur les 2534 articles du Code civil sert surtout à épater ses amis (et encore, je ne suis pas sûr que quelqu'un prendra la peine de vous écouter pour vérifier si c'est vrai). Si à côté de ça, vous n'avez jamais entendu parler de la dernière jurisprudence fondamentale de l'assemblée plénière de la Cour de cassation, vous ne serez pas un bon juriste.

4. Maîtriser les outils informatiques

L'informatique est le meilleur ami du juriste. Il est donc important de savoir maîtriser les bases de l'outil informatique. En effet, en tant qu'étudiant en droit vous serez amené à :

- utiliser un logiciel de traitement de texte pour taper vos cours (cela n'est pas indispensable), vos devoirs à rendre ainsi que les préparations des séances de TD (avoir des devoirs et des préparations bien propres sur informatique est toujours plus agréable et permet de les transporter sur clé USB et donc de travailler dessus n'importe où). L'intérêt de reprendre un cours sur ordinateur est que ça permet de refaire le raisonnement déjà écouté en cours et donc de mieux le comprendre. D'un point de vue pratique, cela permet également de réutiliser par la suite des morceaux du cours déjà rédigés lors de la préparation des séances de TD (le copié-collé fait gagner un temps précieux). Pour les étudiants qui disposent d'ordinateurs portables et qui tapent suffisamment vite, il est même possible de prendre directement le cours sur ordinateur et de seulement le peaufiner en rentrant chez soi. L'avantage de l'ordinateur est que l'on peut mieux organiser les informations en déplaçant à volonté les phrases, chose impossible à faire lorsque l'on garde ces notes sur papier.

- utiliser Internet pour trouver des informations (il existe de très nombreux sites Internet gratuits et indispensables pour les juristes qui leur permettent de trouver rapidement beaucoup d'informations et de se tenir au courant de l'actualité législative, réglementaire et jurisprudentielle grâce à des systèmes d'alertes par email) ;

- utiliser la mémoire importante des ordinateurs pour trier et archiver les documents et informations juridiques (en droit il faut le savoir, il y a énormément de documentation et les ordinateurs sont bien pratiques pour les archiver facilement et les transporter avec soi) ;

- utiliser une imprimante (ça paraît évident eu égard à ce qui est écrit ci-dessus) ;

- utiliser un tableur (ce n'est pas obligatoire mais ça vous permettra d'une part de noter dans un tableau vos notes en contrôle continu et aux examens, vous permettant ainsi de voir très précisément votre moyenne évoluée, et d'autre part de vous familiariser avec les logiciels de calculs d'honoraires que vous utiliserez lorsque vous serez avocat...).

5. Favoriser les travaux dirigés (TD)

Une partie importante de vos résultats universitaires dépendra des notes que vous aurez obtenues en TD. En effet, dans les matières dites "fondamentales" (parce que leur pondération est plus importante dans le système de notation), entre 33 et 50 % de la note finale que vous obtiendrez à la fin du semestre proviendra directement de la note que vous sera attribuée par votre chargé de TD.
Exemple : en 1ère année de droit, le droit constitutionnel est une matière fondamentale ; la note que vous obtenez à l'examen à la fin du semestre s'ajoute à la note que vous avez obtenue en TD de droit constitutionnel qui dépend elle-même de vos "performances" pendant tout le semestre dans cette matière. Ainsi, si au cours du 1er semestre vous avez rendu 3 devoirs notés respectivement 15/20, 14/20 et 13/20 et que le chargé de TD vous donne 16/20 à l'oral, vous aurez une note moyenne de TD de 14.5/20. Si, à l'examen qui a lieu à la fin du 1er semestre vous obtenez 10/20 en droit constitutionnel, votre note totale en droit constitutionnel pour le 1er semestre sera de 24.5/40. Vous constaterez que votre note d'examen est tout juste passable mais que votre note de TD vous sauve la mise !
Vous comprenez maintenant pourquoi il est très important de travailler énormément les TD. Le contrôle continu peut vous être très favorable et vous permettre de décrocher votre année ou une mention. Il est toujours plus facile d'obtenir une bonne note à un devoir à réaliser chez soi au calme dans un délai de 7 jours, avec tous les ouvrages nécessaires, qu'à un devoir en 3 heures sur table avec uniquement un code et le stress de l'examen (stress qui sera d'autant plus grand que vous aurez du retard à rattraper si vous n'avez pas eu la moyenne en TD !). Vous comprenez maintenant pourquoi il est important d'insister sur les TD : le contrôle continu nécessite de beaucoup travailler mais il vous le rend bien à la fin de l'année.
S'il convient donc de favoriser les matières fondamentales à TD, il ne faut tout de même pas abandonner les matières "complémentaires" qui prennent uniquement la forme de cours magistraux. Ces matières apparaissent pour beaucoup d'étudiants comme le résultat d'un esprit pervers qui les aurait inventées dans le seul but inavouable d'embêter les étudiants et de leur faire perdre des points à l'examen final. Il est vrai que le poids de ces matières est assez ridicule par rapport à celui des matières fondamentales. Alors que ces dernières sont notées sur 40 (la moitié de la note finale provenant du contrôle continu), les matières complémentaires, qui ne font l'objet que d'un unique examen en fin de semestre, ne sont notées que sur... 10 points. Je vous laisse apprécier la différence de traitement entre les deux types de matières.
Faites attention toutefois à ne pas délaisser ces matières complémentaires car si elles ne vous rapporteront pas beaucoup de points, elles sont plus nombreuses que les matières fondamentales (chaque semestre de droit comprend 2 à 3 matières fondamentales pour 4 matières complémentaires) et peuvent donc vous en faire perdre pas mal (il n'est pas rare de voir des étudiants échouer à cause de notes catastrophiques aux matières complémentaires). Ainsi, ne pas se pencher sur ces petites matières pourrait vous empêcher au mieux d'obtenir une mention, au pire de réussir votre année...
Autre conseil important : choisissez bien les matières complémentaires lorsque l'on vous permet de le faire. En effet, si certaines de ces matières sont obligatoires, d'autres sont laissées au choix de l'étudiant. Il est alors nécessaire de ne pas choisir la matière en fonction de l'importance du travail qu'elle exigera mais en fonction de votre objectif. Il est dommage, pour un étudiant qui souhaite devenir avocat d'affaires, de délaisser la comptabilité ou une matière complémentaire qui touche au droit des affaires pour prendre une matière qui n'a aucun rapport avec sont futur métier. Sachez en outre que si vous souhaitez assister à un cours pour votre seule culture personnelle, rien ne vous empêche d'y aller volontairement (vous ne passerez pas l'examen de cette matière à la fin de l'année mais vous aurez toujours appris des choses intéressantes).

6. Soigner la présentation, la syntaxe et l'orthographe (tant à l'écrit qu'à l'oral)

Ça peut paraître évident mais cela mérite d'être rappelé : si au lycée certains professeurs admettaient encore de voir quelques fautes dans les copies, ce n'est clairement plus le cas à l'Université. Le plus souvent, au-delà de 3 fautes d'orthographe dans une copie, les points commencent à dégringoler. Et n'espérez pas tromper le correcteur en écrivant suffisamment mal pour l'empêcher de déceler les fautes ; une écriture illisible vous vaudra directement un zéro (les chargés de TD et les professeurs ont généralement des centaines de copies à lire et à corriger d'où une certaine intolérance aux fautes et aux écritures hiéroglyphiques).
Soigner la présentation et l'orthographe est relativement simple pour les devoirs à faire chez soi et à rendre à la prochaine séance de TD. Vous avez en effet tout le temps nécessaire pour relire 3 fois vos copies (croyez-moi, relire 3 fois n'est pas un luxe et on retrouve toujours une ou deux faute(s) à la 3ème relecture). Pour que vos devoirs soient soignés, je vous conseille de les taper sur ordinateur (ça vous évite d'avoir à vous appliquer et le correcteur d'orthographe peut vous être assez utile, dès lors que vous ne vous fiez pas uniquement et aveuglément à lui). Les choses se compliquent lors des examens où il faut généralement rendre une copie de 4 à 8 pages au bout de seulement 3 heures. Le stress et la réflexion intense sur le sujet à traiter peuvent parfois faire un peu oublier les règles élémentaires d'orthographe ou de grammaire. Une relecture rapide s'impose donc 3 minutes avant de rendre la copie (une seule relecture suffit à l'examen dès lors qu'on se concentre sur l'orthographe et non sur le fond). Un petit conseil : si vous n'avez jamais le temps de vous relire à la fin de l'examen parce que vous finissez toujours au finish, prenez l'habitude de relire chaque partie de votre devoir lorsque vous passez à la partie d'après (ainsi vous vous remettez en tête ce que vous venez d'écrire, vous corrigez les fautes et en plus, vous êtes intellectuellement mieux conditionnés pour écrire la suite).

7. Se comporter en professionnel du droit

Dès votre 1er jour à l'Université, comportez-vous comme un professionnel du droit. Imaginez-vous tout de suite dans la peau d'un avocat, d'un magistrat ou d'un huissier (selon votre rêve) et réagissez comme un professionnel accompli le ferait. En premier lieu, avoir votre objectif en tête sera une source de motivation pour travailler. Ensuite, vous comporter en professionnel vous incitera à davantage approfondir les choses. Lorsque vous ferez un devoir pour votre chargé de TD, faîtes le comme si le chargé de TD était l'un de vos clients auquel vous devez rendre une consultation juridique.

8. Pratiquer le droit pour avoir des réflexes juridiques

Le meilleur moyen de réussir ses études de droit n'est pas d'apprendre le droit mais de le pratiquer. Il faut éviter autant que possible de considérer la matière d'un point de vue purement théorique. Certains étudiants ont énormément de connaissances mais n'arrivent pas à les appliquer en pratique. Comprendre et intégrer la masse d'informations délivrée à l'Université est une bonne chose mais ce n'est pas tout. Il est important d'avoir des réflexes juridiques dans les situations de fait que vous devrez analyser.
Ce qui distingue un bon juriste d'un excellent juriste, c'est que le second a des réflexes immédiats qui  lui éviteront de passer à côté d'une question juridique. Acquérir des réflexes juridiques est clairement la chose la plus difficile en droit. De très bons étudiants ayant énormément de connaissances n'arrivent pas à acquérir cette faculté, ce qui les handicape de plus en plus à mesure qu'ils avancent dans leur cursus universitaire. C'est d'autant plus vrai que généralement, on a tendance à oublier les bases des premières années lorsque l'on en est au stade de la spécialisation.
Un juriste ne doit pas tout savoir, mais il doit se poser les bonnes questions. Le meilleur moyen d'y parvenir est de se poser des questions quotidiennement, sur tout et n'importe quoi. Il n'y a rien de plus facile car dans la vie, tout a une base juridique. Dès lors, posez-vous le plus souvent possible la question de savoir quel est le fondement juridique des évènements que vous constatez quotidiennement. Lisez la presse et essayez de déterminer les conséquences juridiques des faits qui sont ainsi portés à votre connaissance. Bref, ayez l'esprit ouvert et suivez l'actualité. Vous constaterez que beaucoup de choses ont une légalité douteuse et que les journalistes donnent souvent des informations erronées sur un plan juridique.

9. Faire des stages en lien avec ses études

Il est indispensable de faire des stages tout au long de votre cursus universitaire, d'une part parce que les stages vous permettent de pratiquer le droit en situation réelle, et d'autre part parce que cela sera un atout important pour entrer dans un Master 2 spécialisé (bac + 5), surtout si vous êtes un peu juste en nombre de mentions. Les années universitaires étant courtes (en droit elles commencent généralement le 1er octobre pour se terminer le 30 juin), les étudiants disposent de beaucoup de temps libre pendant les (très) grandes vacances (qui durent 3 mois). Si certains étudiants ont besoin de travailler pendant les grandes vacances pour pouvoir financer leurs études, tous ne sont pas dans cette situation et il est alors bon de mettre à profit le temps libre dont ils disposent pour découvrir le droit sous un aspect plus pratique. Dans tous les cas, et dans la mesure du possible, il est toujours bon de travailler dans un domaine en lien avec ses études. La seule différence est que les étudiants qui n'ont pas l'absolue nécessité de travailler pour payer leurs études pourront plus facilement trouver un stage auprès d'un professionnel du droit en acceptant d'être peu ou pas rémunérés (généralement 300 € par mois). Durant les 3 premières années universitaires, à moins de connaître une personne susceptible de vous offrir un stage dans un cabinet d'avocats, une étude de notaires ou d'huissiers, ou toute autre profession juridique, il n'est pas toujours facile de se faire accepter en stage dans une entreprise à forte dominante juridique (les professionnels du droit préfèrent souvent que les étudiants soient un peu spécialisés avant de les prendre en stage car s'ils sont prêts à accorder du temps à leurs stagiaires, ils attendent généralement en retour que les stagiaires travaillent un peu pour eux, ne pouvant se permettre de "perdre" complètement le temps qu'ils leur accordent). Pour effectuer un stage durant les premières années d'études de droit, le meilleur moyen est d'envoyer des CV et des lettres de motivation tôt dans l'année (dès le mois de mars) et de cibler les entreprises et les services non totalement juridiques (exemple : mairies, collectivités territoriales...). N'oubliez pas d'indiquer dans votre lettre de motivation les matières que vous venez d'apprendre dans l'année et insistez sur la fraîcheur de vos connaissances (par exemple, le droit administratif qui est une matière fondamentale en 2ème année, peut vous aider à entrer dans une mairie ou une préfecture). Plus vous avancerez dans vos études, plus il sera facile de trouver un stage au sein d'une profession juridique qui vous correspond (cabinet d'avocats, étude d'huissiers, étude de notaires...). Cerise sur le gâteau, environ 25 % des juristes trouvent leur premier emploi grâce à un stage qu'ils ont effectué précédemment !

10. Ne pas délaisser les langues étrangères

Le dernier conseil que je puisse vous donner est de continuer à apprendre les langues étrangères. En droit, la langue la plus importante est incontestablement l'anglais (surtout pour les avocats d'affaires qui, dans certains cabinets et certaines spécialités, travaillent uniquement en anglais). Pensez à passer le TOFEL ou le TOIEC pour pouvoir justifier de votre niveau auprès de vos futurs recruteurs. Pour la seconde langue, c'est au choix. Vous pouvez choisir une langue importante parlée par un très grand nombre de personnes (espagnol, chinois) ou au contraire choisir une langue peu connue mais ayant un fort potentiel (langues des pays d'Europe de l'Est par exemple).
N'oubliez pas également que le programme Erasmus vous permet de passer un semestre dans une université étrangère. C'est un bon moyen d'augmenter votre connaissance d'une langue étrangère tout en vous créant un réseau de contacts à l'étranger qui pourra toujours vous servir.

En conclusion, fixez-vous un objectif et tenez-vous y. Faîtes tous vos choix en fonction de ce seul objectif. Si vous constatez que vous ne parviendrez pas à l'atteindre ou que vous changez d'objectifs en cours de route, modifier votre stratégie en conséquence.

Sachez pour finir que la grande majorité des étudiants en droit n'exercent finalement pas un métier juridique (à peine 5 % finissent avocat, magistrat, huissier, notaire ou dans une autre profession purement juridique). Les étudiants qui sortent de l'université avec une licence sont les plus nombreux à exercer des métiers non juridiques. Beaucoup intègrent des professions où les connaissances juridiques sont appréciées, même si le travail ne consiste pas à faire du droit toute la journée (ex. : agent immobilier, agent d'assurance, employé de banque, etc.).

Contrairement à d'autres types d'études, les études de droit mènent à tout. Les étudiants en droit sont en effet particulièrement recherchés pour leur sens des réalités, leur esprit d'analyse et de synthèse, leur faculté à "bien se présenter" et le réflexe qu'ils ont de systématiquement prendre garde à ne pas mettre l'entreprise dans laquelle ils travaillent en risque juridique.

Il ne me reste plus qu'à souhaiter bon courage à tous les actuels et futurs étudiants en droit. Et n'oubliez pas de vous amuser dans ce que vous faites !